Liberté(s)

par | 26 Oct 2020

Samuel Paty, professeur d’histoire et géographie, a été assassiné vendredi 16 octobre pour avoir sensibilisé ses élèves à la liberté d’expression et éveillé au pluralisme, au droit de s’exprimer, de dessiner et de caricaturer. Depuis 2012, en France, 267 personnes ont été assassinées et 950 blessées, au cours de 40 attaques dont 21 mortelles par une idéologie terroriste et mortifère : l’islamisme radical et violent.

Ce terrorisme attaque nos libertés, liberté d’expression, liberté de conscience, libertés choisies. Ce terrorisme attaque aussi nos identités et veut plus que tout diviser la société française et construire des camps irréconciliables. À entendre les discours politiques et médiatiques en boucle depuis plusieurs jours, nous sommes inquiets de constater la violence des échanges et les nombreuses divisions qui déjà entravent notre capacité à vivre ensemble, à faire société. Nous n’avons de cesse d’entendre des discours de suspicion, de contrôle, de méfiance, de défiance, de surveillance, de culpabilité et de dissolution. Pourtant, le coupable c’est le terroriste, et la responsabilité nous devons toutes et tous la porter.

Cette responsabilité doit entraîner une retenue et un engagement sans faille et toujours plus fort pour les valeurs et principes qui font la cohésion de la société française. Cette responsabilité nous appelle aussi à ne pas tomber dans un tournant essentialisant et raciste que nous pouvons éviter. Les anathèmes comme le terme “d’islamo gauchisme”, inventé par l’extrême droite, doivent cesser. Si ce terme empêche de manière fallacieuse le débat contradictoire ; il permet aussi de revendiquer, par une inversion osée, sans aucune légitimité, le camp des victimes, et attribuer aux autres celui du bourreau. Il vient exiger de ceux qui défendent l’État de droit en toutes circonstances et qui ne pensent pas que la solution au terrorisme est d’opérer une suspicion à l’égard des personnes musulmanes, qu’elles rendent des comptes.

Si nous sommes convaincus que les réponses sécuritaires ne sont pas les uniques solutions, au risque de réduire nos libertés de manière disproportionnée, nous avons des propositions pour rétablir de l’unité, de la cohésion et de la responsabilité. Ces propositions complètent une vision ambitieuse et long terme de la cohésion nationale qui est la vision que doit porter nos élu·es et non uniquement de la réaction court terme à des événements violents.

1. Rétablir la promesse républicaine et donner plus de consistance
aux valeurs républicaines « Liberté, égalité, fraternité »

⇒ Mettre en place des mesures fortes en matière d’équité, de justice sociale et de réinvestissement des services publics en tout lieu en parallèle d’un plus grand soutien à une vie associative locale plus pérenne, partout où le lien doit être créé.

⇒ Lutter activement et constamment contre toutes formes de discriminations et oppressions systémiques, en particulier l’islamophobie et l’antisémitisme. Cela passe par une responsabilisation de chacune et chacun quant à l’impact de nos paroles, notamment lorsqu’elles sont portées et amplifiées par les tribunes médiatiques ou par une aura sur les réseaux sociaux.

⇒ Refuser toute réduction de nos libertés d’expression, d’esprit critique, de liberté de conscience, de pratique, de croire ou de ne pas croire et de liberté d’association.

2. Mettre en oeuvre une éducation active et exigeante à la paix

⇒ Déployer urgemment une éducation laïque et objective du fait religieux pour développer une meilleure compréhension du monde qui nous entoure et ne pas laisser le fait religieux aux prédicateurs de haine.

⇒ Établir un dialogue des mémoires et développer la reconnaissance d’un récit national inclusif qui fasse le point sur notre passé qui est aussi colonial, esclavagiste et emprunt de migration.

⇒ Soutenir le travail de l’observatoire de la laïcité pour développer une meilleure compréhension de la laïcité, cadre républicain qui permet à toutes et tous de vivre sa conviction en France, et non l’outil de stigmatisation et de neutralisation des individus que certains veulent en faire en l’utilisant à mauvais escient.

Ces propositions sont nécessaires pour rétablir une confiance et une empathie trop souvent mises à mal entre les différents acteurs de la société. Le temps des attaques non fondées est terminé, il va falloir travailler ensemble, travailler à plus d’inclusion et rétablir un vrai climat de paix par l’action et plus seulement par les mots. 

#CoexistenceActive

 

 

Coexister est un mouvement interconvictionnel permettant à des jeunes de 15 à 35 ans de créer du lien social et de promouvoir un mieux vivre ensemble.

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